Personne ne m’a appelée pendant mes vacances
Au début, tout passe par Nadia. À la fin, plus rien.
« Demande à Nadia »
Dans cette entreprise de quatorze personnes, tout le monde a les mêmes logiciels. Et tout le monde a Nadia. Le planning qui plante, le fichier introuvable, la cellule qui bloque : c’est elle.
Elle aime rendre service. Elle n’a plus pris deux semaines d’affilée depuis quatre ans.
Trois fois par heure. Personne n’apprend rien, et plus personne ne sait faire sans elle.
« Demande à Nadia, elle saura. »
Sur le vrai fichier
La direction fait venir une formatrice. Elle ne sort pas un exemple tout fait : elle demande à voir le planning, le vrai, celui qui plante. Luc s’assied devant l’écran. Elle pose ses mains sur ses genoux.
À vous, maintenant.
Trois clics, sur le fichier de tous les jours. Luc regarde Nadia. Nadia n’a pas bougé.
« Ici. C’est votre fichier, vous le connaissez mieux que moi. »
Lundi, le planning bloque
Nadia est partie deux semaines, pour la première fois depuis quatre ans. Tout le bureau regarde son siège vide. Luc a le fichier ouvert. Personne ne vient l’aider.
Luc a trouvé. La collègue d’en face lui demande de lui montrer.
Elle a peur de regarder
Dimanche soir, avant de reprendre. Nadia tient son téléphone. Deux semaines sans répondre. D’habitude, il y en aurait pour une journée entière.
Aucun appel manqué. Un seul message, de Luc : « Bonnes vacances. On a géré. »
Il ne reste qu’à regarder.
Le lundi, Nadia retrouve son vrai métier, celui pour lequel elle a été engagée.
« Personne ne m’a appelée pendant mes vacances. »
C’est ce qu’elle répond, quand on lui demande si la formation a servi. C’est tout notre métier.
Nadia n’existe pas. Mais il y en a une dans presque toutes les équipes.









